Près de 400 aviateurs ont passé leur brevet à l’École de Tours entre novembre 1915 (date de sa création) et novembre 1917 (date de son transfert à l’aviation américaine). Petit inventaire.
Les pilotes français…
Jean Arpheuil.
Il obtient son brevet à Tours n°5861 le 8 avril 1917. Cinq victoires homologuées au sein de la Spa 151 puis de la Spa 170 dont il est le premier commandant en septembre 1918.
Bernard Artigau.
Né à Licq-Athérey, dans les Pyrénées-Atlantiques, il vit en Amérique du Sud au début de la guerre où il est charpentier. Mobilisé en 1916, il passe son brevet à Tours, n°5894, le 12 avril 1917. Douze victoires au cours de la guerre, entre le 4 septembre 1917 et le 28 octobre 1918, toutes au sein de l’escadrille N 15 – puis Spa 15, l’escadrille au Casque de Bayard. Après la guerre il rejoint les lignes Latécoère où il vole sur la ligne Toulouse – Alicante. De retour en Argentine, il va défricher les lignes pour l’Aéropostale. Il figure parmi les Pionniers de l’aviation argentine.
Nicolas Bouisson.
Charpentier en fer à La Ciotat a élargi sa palette dans l’aviation : mécanicien, mitrailleur-mécanicien, pilote de bombardement puis de chasse. Breveté à Tours en le 12 août 1916 (n°4917), il est revenu y vivre ensuite. Il a notamment dirigé l’entreprise de peinture de son beau-père.
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François Coli.
Capitaine au long cours dans la marine marchande, François Coli aurait pu devenir marin. Mais il a débuté la guerre… dans l’infanterie. Début 1916 le Marseillais rejoint l’aviation. Il obtient son brevet à Tours le 16 mai 1916 (n°3413). Après un passage par Avord puis Pau, il est affecté à l’escadrille N 62. Après la guerre il se consacre à des raids : double traversée de la Méditerranée en janvier 1919, Paris – Kenitra (Maroc) le 24 mai 1919 qui constitue le record de distance. Il travaille avec Sadi-Lecointe puis Paul Tarascon, sur Potez 25, avant de s’associer à Charles Nungesser pour traverser l’Atlantique. Sur L’Oiseau-Blanc, tous deux disparaissent le 8 mai 1927 en échouant dans leur tentative de remporter le Prix Orteig.

Gaston Damelincourt.
Né le 15 juin 1892, dans le Nord, il est un des premiers pilotes brevetés à Tours, le 27 janvier 1916 (n°2516). Resté dans l’aviation après la guerre, il est décédé le 19 novembre 1921 à Guiscard, au cours d’une tentative pour la coupe Michelin avec le lieutenant Largeau. Il était alors au 22e régiment d’aviation, à Luxeuil. Lors de ses obsèques, le commandant Féquant souligna que dès son apprentissage “il fut signalé par ses chefs”.
Marcel Denis.
Ce n’est pas le plus grand des chasseurs puisque cet Amboisien n’a été crédité que d’une victoire (en collaboration), au sein de la Spa 152 (l’escadrille au Crocodile). Mais quelle victoire… Contre le Zeppelin LZ96 (L49) capturé intact avec son équipage à Bourbonne-les-Bains le 20 octobre 1917. Sa seconde victoire, le 14 janvier 1918, n’a pas été homologuée. Il n’est pas rentré pour la revendiquer, porté disparu à la suite de ce combat. Son parcours est assez atypique car il était meunier avant la guerre. Brevet n°5384 du 14 février 1917.
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Jacques Ehrlich.
Breveté le 1er mai 1917, n°6211. Au sein de la Spa 154, Jacques Ehrlich s’est spécialisé dans l’attaque des ballons allemands, les Drachens, qui étaient souvent redoutablement défendus. Il en abat dix-huit, sa 19e victoire étant obtenue contre un avion Albatros. Sans doute aurait-il pu faire mieux mais le 18 septembre 1918, son avion est touché par des tirs de mitrailleuses. Contraint de se poser dans les lignes allemandes, il a fini la guerre dans un camp de prisonniers.
Louis Favreau.

Il est venu tardivement à l’aviation après avoir fait son service militaire dans les dragons et commencé la guerre dans les cuirassiers. Né à Paulx (Loire-Atlantique), en 1891, il a demandé à rejoindre l’aviation après une blessure en 1917.
Breveté à Tours, n°7025, le 17 juin 1917, il arrive le 11 octobre à l’escadrille 31 (L’Archer grec). Le 20 mai 1918, il est affecté au SFA, le Service de fabrication où il devient contre-réceptionneur pour Blériot (qui produisait des Spad). Rentré tard dans l’aviation, il décide d’y rester. Il mène une carrière exemplaire entre les deux guerres. Dans la compagnie des Grands Express Aériens, recordman sur la Manche de 1921 à 1923, avec 1.100 traversées. Puis pour Potez où il va réceptionner de nombreux avions et se lancer dans des raids. Il est notamment grièvement accidenté à Villacoublay début janvier 1925, lorsque les roues de son avion ont touché un biplan au roulage.
Son nom est indissociable de celui de Paul Tarascon. Il va notamment préparer la traversée de l’Atlantique jusqu’à un accident, en septembre 1925 lors d’un entraînement d’endurance, après 13 heures de vol sur le triangle Chartres-Étampes-Orléans. Indissociable également de Lionel de Marmier avec qui il multiplie les raids et les tours de circuit sur Potez 34. En vain pour ce qui était d’accrocher le record du monde de distance. Pendant plus d’un an (1930-1931), il est à l’Aéropostale, avant de rejoindre les Lignes Farman jusqu’à la fusion et la création d’Air France où il reste détaché en 1940.
Résidant à Saint-Sébastien-sur-Loire, il est arrêté le 7 juillet 1944, « pour agissements anti-allemands », et incarcéré à la prison de Nantes. Déporté, il est à Dachau le 4 septembre, à Mauthausen le 16, à Melk le 21. Il y décède le 29 novembre 1944.
Max de Ginestet.
Né le 1er septembre 1892 à Laussou (Lot-et-Garonne), il a suivi le parcours classique des dragons vers l’aviation. Il est affecté à l’école de Tours le 30 janvier 1916, et obtient son brevet de pilote (n° 3915) le 12 juillet 1916. Début 1917, Max de Ginestet est affecté à l’escadrille N 77. Il est tué au cours d’un combat aérien, dans les environs de Mailly-sur-Seille (Meurthe-et-Moselle, Lorraine) le 29 juillet 1917.
Ernest Maunoury.
Né le 30 novembre 1894 à Saint-Clair-de-Halouze, dans l’Orne, il a débuté la guerre dans l’infanterie. Passé dans l’aviation, il obtient son brevet de pilote n°6872, le 8 juin 1917. Onze victoires dont huit contre des Drachens, avec l’escadrille Spa 152. Il est décédé au camp d’aviation de Cazaux lors d’un entraînement au tir en 1921 : les ailes de son Spad se sont détachées.
Jacques Menier.
Un nom qui fleure bon le chocolat. Mais aussi la Touraine puisque son père, Gaston, possédait Chenonceau (le château est toujours dans la famille) et a été sénateur d’Indre-et-Loire. Les attaches de la famille sont au bord de la Marne, à Noisiel, dont Jacques Menier deviendra maire, bien après la guerre. Breveté pilote à Tours le 25 avril 1916 (brevet militaire n°4031), la guerre s’est arrêtée brutalement pour lui. Affecté à l’escadrille N 94 (avec la tête de renard), il est abattu et grièvement brûlé le 17 août 1917. Une balle est passée entre le crâne et le cuir chevelu, une autre a mis le feu au réservoir. Posé comme il a pu, Jacques Menier a été fait aussitôt prisonnier.
René Montrion.
11 victoires au sein de la Spa 48, l’escadrille dont l’insigne était une tête de coq avec la devise « Chante et combat ». Ce Parisien a obtenu le brevet militaire n°5328, le 8 février 1917. Il est mort le 28 juin 1918 en attaquant un ballon allemand. En savoir plus sur Fan d’avion Lire
Jean Navarre.
S’il a obtenu son brevet à Tours, celui que l’on surnommera « La Sentinelle de Verdun », n’est pas passé par l’école d’aviation. D’une part celle-ci n’existait pas ; d’autre part il n’est passé par aucune école… Jean Navarre a obtenu son brevet au sein des 2es Réserves de ravitaillement lorsque celles-ci se sont repliées de la région parisienne, lors de la poussée allemande en 1914. Jean Navarre, qui avait suivi quelques leçons dans le civil, est donc devenu pilote militaire sur l’hippodrome de Saint-Avertin (le quartier des Fontaines actuellement), à la faveur d’un léger mensonge. Ce qui ne l’empêcha pas de devenir une des grandes figures de la chasse française.
François de Rochechouart de Mortemart.
Né à Paris le 22 mars 1881, il n’était pas militaire avant la guerre: physico-chimiste indique sa fiche sur Mémoire des hommes. Après un passage dans le train, il a rejoint la cavalerie avant d’entrer dans l’aviation comme observateur à l’escadrille VB 103. Il passe son brevet de pilote (n°3778) le 25 juin 1916, à Tours. Après sa spécialisation chasse, à Pau, et l’école de tir de Cazaux, il est affecté à l’escadrille N 23. Il y obtient 7 victoires. Il est tué en combat aérien, au nord de Verdun, le 16 mars 1918.
Henri Serre.
C’est un pionnier de l’aéronautique navale. Né à Nantes le 28 décembre 1889, il est passé par l’École navale. Après un début de carrière uniquement sur mer, il s’est porté volontaire pour l’aviation en 1916. Comme une quarantaine d’autres marins, il a passé son brevet de pilote militaire à Tours, n°5420 le 17 février 1917. Avant de passer celui sur hydravion. Il a notamment commandé le Centre d’aviation maritime de Dunkerque. Henri Serre est décédé en 1938 alors qu’il dirigeait l’Entrepôt général de l’aéronautique maritime, à Orly. Il était capitaine de vaisseau.
Profitons-en pour rappeler que de 1962 à 1993, 645 pilotes de chasse de la Marine ont été brevetés à Tours.
Pierre Wertheim (Wertheimer).
Il a pris le nom de plume de son père qui signait ses article Wertheim et en a fait son nom de famille. Il était photographe de presse avant la guerre. Brevet n°4438 du 9 septembre 1916. Cinq victoires homologuées à l’escadrille SPA 84 en 1918..
D’autres célébrités
Ercole “Billy” Balzac.

Ercole “Billy” Balzac est originaire de Villeneuve-lès-Béziers, dans l’Hérault. Il est né en 1891. C’est en région parisienne qu’il demeurait au moment de la déclaration de guerre. Sa profession avant-guerre, pugiliste. Autrement dit, boxeur. Breveté à Tours le 18 septembre 1916 avec le n°4529. Pilote convoyeur de Caudron R4 à la C64 en 1917. Puis pilote de chasse à l’escadrille Spa 69. Ercole “Billy” Balzac a terminé la guerre avec deux victoires homologuées, sept citations dont une pour avoir semé la panique sur un terrain d’aviation allemand et avoir détruit un avion au sol, plusieurs fois blessé, la médaille militaire… En 1920 il est champion d’Europe des poids moyens. Après sa retraite sportive, il a travaillé pour la compagnie Aigle Azur, à Nice. Rentré dans l’armée comme simple soldat, il a terminé à Istres comme capitaine de réserve.
Paul Mohr.

Originaire de Ham, dans la Somme, où il est né en 1890, Paul Mohr est passé, fin 1915, des dragons à l’aviation. Il obtient son brevet le 2 avril 1916 à Tours (n°3159). Il a d’abord été versé à l’escadrille C220 dont il a d’ailleurs dessiné l’insigne. Il fallait bien utiliser les talents et Paul Mohr était artiste-peintre. Un insigne pas très guerrier avec un canard sous un parapluie. Puis à la Spa 89 en 1917. Il a terminé la guerre comme moniteur à Istres. Célèbre comme affichiste.
Armand Trampitsch.
Il est le fils d’Antoine Trampitsch, un brasseur né en Autriche qui a fait ses armes à Pilsen et qui a fondé les brasseries Champigneulles. Antoine Trampitsch a d’ailleurs reçu la Légion d’honneur des mains d’Albert Tourtel… Brasseur et ingénieur comme son père, Armand a débuté la guerre au 12e régiment de dragons. Il est un des tout premiers élèves de l’École de Tours à obtenir son brevet de pilote, n°2703 le 16 février 1916. Il a été affecté au Camp retranché de Paris (N 461). Puis à la Spa 73 en janvier 1918. Ce n’est pas comme chef d’entreprise qu’Antoine Trampitsch s’est fait un nom mais comme collectionneur d’art.
… les Américains passés par l’école de Tours…

Roger Balbiani.
Pour faire simple, il est classé parmi les Américains. Ce qu’il n’était pas vraiment… Son père, cubain, était industriel et administrateur des établissements Hutchinson en France. Il demeurait avenue de Wagram, à Paris. Son grand-père était né en Haïti. Et, en remontant un peu le temps, il est sans doute possible de tomber sur un comte italien. Notre aviateur est né à Paris, le 8 avril 1887. Sa mère s’appelait Maria de la Caridad Justiz del Castillo. Il est apparenté aux familles de Loynes d’Auteroche, de Lauzanne, de Sinville. Profession déclarée au début de la guerre : néant.
Il fréquente les cercles sportifs, la Normandie, les terrains de golf, etc. N’empêche qu’il s’engage au début de la guerre dans la Légion étrangère et devient conducteur d’ambulance à la section sanitaire américaine n°1. Il parcourt les champs de bataille pour évacuer les blessés, notamment les gazés. Il est cité en 1915. L’année suivante, donc avant l’entrée en guerre des États-Unis, il demande à combattre dans l’aviation. Il obtient son brevet à Tours, n°3914 le 8 juillet 1916. Il est affecté à l’escadrille d’observation C 56, sur Caudron G3, G4 puis G6. Le 16 novembre 1917, le sergent Balbiani est réclamé par le colonel Bolling, chef du service aéronautique du corps expéditionnaire US pour devenir chef-pilote de l’école devenue américaine à Tours. L’aéronautique française l’avait inscrit pour être moniteur aux États-Unis. L’adjudant Roger Balbiani est décédé dans un accident d’avion, le 21 mai 1918, sur le terrain de Tours.
Eugene Bullard.
Comme Balbiani, c’est un Américain tellement français. Il a été breveté à Tours le 5 mai 1917, n°6259.
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Originaire du Mississipi, il fait partie des aviateurs américains formés alors que l’école était encore française. Brevet n°8924 le 28 septembre 1917. Il va combattre avec Eddie Rickenbaker au sein du 94th Squadron. Après la guerre, il va servir pendant deux ans, de 1919 à 1921, au sein de l’aviation polonaise, en lutte contre les Soviétiques.
Edward “Eddie” Rickenbacker.
Il est né le 8 octobre 1890 à Colombus (Ohio). Pilote automobile dans le civil, il est entré dans la guerre comme chauffeur, notamment du général Pershing. Affecté dans l’aviation, il obtient ses ailes le 23 septembre 1917, brevet militaire français n° 8832. Au sein du 94th Aero Squadron, il devient l’as des as américain en remportant 26 victoires. Il est décédé en 1973, en Suisse.
Eddie Rickenbacker à Tours (@ Ohio History Central)
Didier Lecoq
Un merci particulier à Lucien Morareau pour ses recherches et son aide
Les premières années de la base aérienne
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