Henri de Geyer d’Orth, vieille tige mais privé d’ailes

Henri de Geyer d’Orth, dont le père a été administrateur du château d’Amboise, a fait partie des premiers pilotes militaires, dès 1911. Mais des problèmes de santé l’ont détourné du vol.

Debout, de gauche à droite : Yves (décédé en 1917), Joseph et Henri.
Au premier rang : Henriette, épouse d’Yves, qui se mariera avec Henri en 1920,
Anna Le Bondidier, Henri – le fils d’Henri (surnommé Rico) –et Adolphe.
La photo date de 1912. (origine Famille de Geyer d’Orth)

Lorsqu’il se porte candidat pour rejoindre l’aviation, Henri de Geyer d’Orth (1) n’est plus tout à fait un jeune homme. Il a 33 ans. Fin mars 1910, le général Dalstein, gouverneur militaire de Paris, écrit au ministre de la Guerre pour l’informer que le lieutenant de Geyer, du 144e régiment d’infanterie, demande à « être désigné comme pilote d’appareil d’aviation ».

Il souhaite aussi, écrit le général, « être compris parmi les officiers qui doivent recevoir l’instruction spéciale de pilote de ballon dirigeable ». Le général souligne un atout… de poids : le lieutenant de Geyer ne pèse que 58 kilos. Qui plus est, il est célibataire (2). Quelques mois plus tard, son vœu était exaucé.

Henri de Geyer est né en 1877 à Dieppe, dans une famille d’origine lorraine, au hasard des postes qu’occupe son père, Adolphe. Celui-ci était conservateur des hypothèques. Henri a eu cinq frères et une sœur.

Henri de Geyer d’Orth lorsqu’il était au 144e RI.

Henri de Geyer s’est engagé dans l’armée lorsqu’il avait vingt ans, en 1897. En passant par l’École spéciale militaire de Saint-Cyr. Yves, son jeune frère, a suivi son exemple en devenant officier. Une Grande Guerre à laquelle il n’a pas survécu, tué le 26 juin 1917 à Hardaumont, près de Verdun. Son nom figure sur le monument aux morts d’Amboise où leur père est devenu administrateur du château (4).

La famille – présente et à venir – ne manque pas de militaires. L’oncle de Henri, le baron Paul de Geyer d’Orth, colonel, a commandé le 144e RI que Henri s’apprête à quitter pour rejoindre l’aviation en 1911. Un fils du futur général, Georges – né en 1888 – est également devenu aviateur pendant la guerre. Chef de l’escadrille C 30, il est décédé le 25 février 1919, d’une maladie aggravée par le service.

Accidenté à l’école de Pau

Mais revenons à Henri de Geyer et à ses débuts dans l’aéronautique. Foin de dirigeable, il est détaché dans l’aviation en février 1911 pour devenir pilote. Direction l’école militaire Blériot de Pau.

Il y est victime d’un accident grave le 18 mars. « A 5 heures du soir, au cours d’une séance d’aviation, [il] a sauté de son appareil encore en marche pour éviter un obstacle, s’est heurté violemment le genou gauche et a été traîné par l’aéroplane sur un parcours d’une quinzaine de mètres », ont rapporté – dans le procès-verbal d’accident – trois autres élèves-pilotes : les lieutenants Max Van den Vaéro, Joseph Malet et Alexandre Sourdeau.

La passion d’Henri de Geyer ne s’est pas arrêtée pour autant. Il a demandé son affectation définitive au service de l’aviation militaire en mai et a poursuivi sa préparation du brevet militaire. C’est à l’école Blériot d’Étampes qu’il a passé la dernière épreuve de son brevet, le 19 octobre 1911, avec un vol Étampes – Orléans – Étampes, au-dessus de la Beauce. L’école était alors dirigée par le capitaine Félix.

A la une du Journal, édition du 25 octobre 1911. (Dossier au Service Historique de la Défense)
Premier vol en escadrille

Le 25 octobre, Henri de Geyer est du vol de l’escadrille de Blériot qui se rend d’Étampes à Versailles : sont également présents, pour accompagner le capitaine Félix, les lieutenants Bellemois, Van den Vaéro, Lantheaume, Silvestre, Boucher, Clerc et Gouin. Le vol dure 45 minutes. « C’est la première fois qu’une flottille aérienne de cette importance parvient à destination au complet et que les aviateurs évoluent en l’air sous les ordres d’un commandant volant de concert avec eux », écrit Le Matin.

L’année suivante, le 30 avril, Henri de Geyer se distingue par un voyage long pour l’époque : 175 km, d’Étampes au camp de Mailly avec le capitaine Félix et le lieutenant Armand des Prez de la Morlais. En septembre, il est aux confins de la Touraine pour les manœuvres de l’Ouest. Il est en complément dans l’escadrille d’artillerie.

Une halte en Loir-et-Cher sur la route des manœuvres. (@ Didier Lecoq)
Une carrière contrariée

Sa carrière connaît un premier coup d’arrêt pour raisons de santé. En 1913, il est radié du personnel navigant. Henri de Geyer souffre de rhumatismes.

S’il reprend ses vols dès que sa santé le permet, sa carrière de pilote n’en est pas moins terminée. Adieu les escadrilles, bonjour les bureaux. Henri de Geyer, dont les aptitudes à l’organisation ont été remarquées, passera la suite de sa carrière dans un bureau.

Après avoir dirigé le centre d’aviation d’Étampes après le commandant Félix, il est nommé, au tout début de la guerre, commandant de la 1re Réserve n° 6 à Gray. Puis, en décembre, adjoint au commandant de la Réserve des Pilotes, à Saint-Cyr.

En février 1915, il est adjoint au commandant de la Réserve générale aéronautique au Bourget.
En novembre 1916, Henri de Geyer rejoint un autre poste d’adjoint, à la 2e Réserve de Ravitaillement de l’Aéronautique à Versailles. Jusqu’au traité de Versailles.

Son fils est victime d’un accident au Maroc

Sa santé ne va pas s’améliorer après la guerre. Il passe beaucoup de temps en cure, à Dax ou Vichy. Il dirige l’Entrepôt spécial d’aviation n° 4 à Dugny (de 1921 à 1924) avant de rejoindre le Magasin général d’aviation n° 3 puis, en 1927, l’annexe d’Étampes de l’entrepôt spécial n° 1 qu’il commande.

Pendant tout ce temps, il s’est toujours efforcé de voler un peu, des vols ne dépassant jamais l’heure.
En juin 1931, il est mis en congé du personnel navigant, peu de temps après avoir été nommé lieutenant-colonel. En avril 1935, il est admis à la retraite en raison de ses problèmes de santé. Il choisit de se retirer sur la Côte d’Azur, à Nice. C’est là qu’il décède, le 28 juin 1938. Il a été inhumé à Amboise, près de ses parents et du carré militaire des morts de la Grande Guerre.

En 1908, il a reconnu un fils né en 1901 hors mariage. Henri – surnommé Rico – a lui aussi choisi l’aviation : brevet militaire n°19394 en 1922 à l’école Blériot, à Buc. Sergent à la 6e escadrille du 37e régiment d’aviation au Maroc, il a trouvé la mort le 30 mai 1925 en redécollant de Meknès, lors de la guerre du Rif, victime de la perte de vitesse avec le Breguet 14 A2 qu’il pilotait.

Didier Lecoq

Notes

(1) Marcel Henri. Parfois écrit Henry.

(2) Il était bien célibataire mais a reconnu un enfant né hors mariage, Henri – surnommé Rico – né le 19 octobre 1901. Il a eu une fille avec son épouse Henriette Prins.

(4) Ils ont vécu rue Victor-Hugo (sous le rempart du château).

(5) Breguet 14 A2 n° 17.251. Le sergent Gormotte qui l’accompagnait est décédé à l’hôpital de Meknès.

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